Publié le 07/07/2021 - 5 minutes de lecture

Quand on a découvert La Nuée dans un cinéma d’art et d’essai lyonnais, on ne pouvait pas ne pas vous parler de cette pépite française qu’il faut aller voir de toute urgence.

Si vous avez eu la chance de vous procurer un exemplaire de la troisième gazette de Marcel, vous avez pu lire quelques mots au sujet de La Nuée dans la rubrique « 5 films à voir » en page 3. Si ces huit lignes ne vous ont pas convaincu, on récidive !

Le pitch ? Virginie élève ses deux enfants toute seule ainsi que des sauterelles comestibles condamnées à terminer en farine. Or, les temps sont durs, la loi du marché est impitoyable et les rendements de la production ne sont pas suffisants pour faire vivre la petite famille. Un jour, Virginie découvre que quelque chose rend les insectes plus volumineux et accroît son élevage. Elle devient petit à petit obsédée par ses sauterelles, ce qui finit par inquiéter ses enfants.

«Nourrir le monde de demain… A quel prix ?»

Cette phrase inscrite en haut de l’affiche montre qu’au-delà de l’aspect fantastique du film se tient un thriller rural qui tente d’alarmer sur le déséquilibre qui affecte le monde de l’agriculture. On a presque l’impression que l’horreur du film, c’est davantage la pratique de l’agriculture moderne que l’élevage de sauterelles devenant hors de contrôle. Mais La Nuée est aussi un film sur la famille, ce qui intéressait Marie Narbonne, l’interprète de Laura, la fille de Virginie : « La relation entre cette mère de famille et ses enfants, plus particulièrement sa fille, m’a attirée dans le scénario. Il y avait quelque chose de fort à jouer, presque encore plus que ce côté fantastique avec les sauterelles ! ».

Justement, la dimension fantastique a nécessité de véritables performances techniques pour le superviseur des effets techniques Antoine Moulineau qui a notamment travaillé sur Avatar et The Dark Knight. Ce qui est fort, c’est que le fantastique ne prend jamais le dessus sur le réalisme, il le renforce, car les effets spéciaux du film sont fins et très naturels. Ainsi, la nuée a été créée numériquement, « on doit surtout imaginer les sauterelles parce qu’elles n’existent pas », nous a confié Marie. « J’ai eu de la chance, je n’ai pas eu à m’approcher trop près des vraies sauterelles, je n’avais pas vraiment de scène avec elles. Par contre, il y en avait partout sur le plateau, jusque dans les toilettes ! J’ai un immense respect pour Suliane [Brahim] et Sofian [Khammes], parce que ça aurait été éprouvant pour moi, je ne suis pas fan des insectes. Mais depuis ce film, ça va mieux… »

Image extraite du film La Nuée

Suliane Brahim (Vriginie), Raphaël Roman (Gaston) & Marie Narbonne (Laura)

Une révolution dans le cinéma français

On voit rarement autant d’effets spéciaux dans le cinéma français. Probablement parce qu’il y a peu de films de genre. Julia Ducournau et son Grave (disponible sur Netflix) semblent avoir creusé une brèche il y a quatre ans qu’elle continue d’explorer avec Titane, en salle le 14 juillet. Les réalisateurs qui tentent l’expérience du film de genre en France se révèlent être souvent doués. Alors pourquoi ce genre est encore si peu représenté ? Bonne question ! Sommes-nous trop attachés aux comédies françaises qui respectent à la lettre le cahier des charges de la rigolade ? Peut-être. Espérons que Grave, La Nuée ou même Teddy (en salle depuis le 30 juin) donneront envie à d’autres de se lancer.

Ce qui est également remarquable dans ce film, c’est la manière dont la tension monte crescendo. La scène finale, sans vous la « divulgâcher », atteint vraiment le paroxysme du film catastrophe. Une scène en particulier a été difficile à tourner pour Marie (celle du lac) : « Je ne suis pas claustrophobe mais on a dû faire une pause pour que je parvienne à retrouver une respiration normale. C’était hyper angoissant. »

Image de tournage du film La Nuée

Tournage de la scène du lac | Crédit photo : Baptiste Chanat

Malgré cela, malgré l’atmosphère pesante et étouffante qui s’installe au cours du film, on reste terriblement attachés aux personnages. Just Philippot, le réalisateur, propose une distribution inattendue mais les quatre acteurs principaux (Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne & Raphaël Romand) ont prouvé qu’ils avaient leur place dans le cinéma français (ou même international, qui sait ?!) et qu’on n’était pas prêt de les oublier.

LA NUÉE, de Just Philippot – Avec Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne & Raphaël Romand… (1h41)

LITTLE MARCEL

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